Depuis presque 7 ans, ou un peu plus de 7 ans maintenant, ce que m'aura passé le fidèle Leica, porté si compulsivement qu'il en a marqué mes chemises et mes vestes, c'est une manière plus humble et plus réversible de conserver prêt de moi le sentiment de savoir qui je suis, l'ombre de Lue sur le mur de Saline, et les victoires incessantes sur la mort : de faire durer les coeurs rieurs et de leur faire de la place.

Mais, depuis un an et demi, je dois apprendre une chose très différente, accepter et aller avec les mouvements de la vie, qui, comme la mer, décerne et refuse indifféremment la beauté. Au début, dans l'amitié de l'élève pour le maître, une rencontre avec le Gragrou, ou le défi des gardes du Temple, je lisais une agitation personnelle à retenir les choses. Je dois maintenant apprendre à les laisser partir, comme mon père, et comme toi. La photographie, qui m'avait servi à retenir, s'est brusquement retrouvée orpheline de ce projet.

Dans un temps infini et à un homme infini il arrive toutes choses : l'amour, la dette, les erreurs contradictoires, tous les levers de soleil et tous les fleuves. A nous qui ne sommes ni éternels, ni hypothétiques, il reste à choisir ou à accepter quelques unes de ces choses. Pas toutes : quelques unes. C'est un tout petit métier, la photographie. Quand on veut en faire un art, qu'est-ce que c'est que ça. Nous sommes des artisans. Il faut que ce soit bien fait, comme l'ébéniste qui fait une belle chaise. Etre disponible. Les dieux nous offrent des chances. Connaissons les. Etre à l'affût. Les dieux attendent de se régaler de nous.

Le Souvenoir est un blog collaboratif auquel vous participiez déjà avant que d’y entrer, et auquel vous participerez encore lorsque vous en serez sorti.

thank you, Hannah Constance Krieger

Mon nom est Michaël V. Dandrieux. Pendant que je regardais War Photographer, qui documente trois ans de reportages de James Nachtwey, j’ai eu honte des moments où, aux curieux qui pensaient que j’étais photographe, je n’ai pas répondu non. Mais sans doute que la photographie n’engage pas systématiquement l’Histoire, ou tout l’être du photographe, ou alors que l’Histoire et l’être du photographe ne sont pas seulement liés à la guerre et aux famines.

Après 5 ans à regarder par le trou du télémètre, je me suis résolu à ce que les titres des photos qui me plaisent soient aussi des titres de rêves, ou des citations mésattribuées. L’ensemble est cohérent mais ne couvre rien. Parfois je dois y accoter un texte entier, trop souvent ce texte et la photo se répondent, et, malgré moi, il faut me résoudre à ce que, afin d’être fidèle à Michaël V. Dandrieux, je ne devienne pas celui que j’aurais aimé être.

Je prends peu de clichés. Quand je reçois une planche contact, je fais des recherches de tirage qui pensent parfois six mois sur le mur sud de ma chambre. Il me faut beaucoup de temps pour savoir si une photo est bonne. Lorsque l’image me tient à coeur parce que le moment où elle s’est produite est un moment que j’aime, et que j’aimerais que son image me le ramène, il m’arrive de cèder à la faiblesse et de publier la photo pour me souvenir du moment. Mais je me dis que c’est peut-être ça, la photographie, pour moi.

D’expérience, chaque année, je fais une bonne photo. Ce n’est pas un chiffre énorme, mais c’est un bon chiffre, si l’on se dit que dans 40 ans, j’aurai 40 photos des personnes, des couchers de soleil et des amours qui auront été importants pour moi.

Argentique

Toutes les photos sont des tirages argentiques ou des négatifs scannés. Je ne retouche pas et je n’aime pas bien photoshop. Et même les tâches et les cheveux je ne les enlève parfois pas. Certains vieux tirages d’HCB sont grossièrement masqués, et pourtant l’imagination du spectateur leur pardonne. S’il pardonne au talent, il pardonnera à l’amitié.

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Violation du droit à l’image

Je fais d’ordinaire très attention à la publication d’une image. On se dit que mettre en ligne, c’est donner à nos ennemis (qui sont légions et massés aux portes de l’empire), la clef de notre intimité. Mais finalement ce n’est plus vrai : tout est en ligne et tout le monde se fout de voir mon short d’été.

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